Stubby, le chien qui devint sergent : itinéraire d'un mystérieux Bull & Terrier dans l'enfer des tranchées
- Abyss of Enki

- il y a 4 jours
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Il n'a jamais été dressé pour la guerre. Il n'a jamais reçu d'ordre d'enrôlement. Et pourtant, entre 1917 et 1918, un petit chien trouvé par hasard sur un terrain d'entraînement du Connecticut est devenu le chien le plus décoré de la Première Guerre mondiale, et le seul à avoir été promu sergent pour faits d'armes. Son nom : Stubby.
Un chien trouvé par hasard
Tout commence sur le terrain d'entraînement de Yale Field, à New Haven, en 1917. Des soldats du 102e régiment d'infanterie, rattaché à la 26e division américaine, s'y préparent à partir pour le front. Parmi eux, le caporal Robert Conroy remarque un petit chien errant au poil tigré, court sur pattes, qui traîne autour des exercices. Il s'y attache, et quand vient l'heure d'embarquer pour la France, il le cache à bord du navire.
L'histoire veut que Stubby ait été découvert par l'officier commandant peu après, et qu'il ait alors exécuté un salut militaire qu'on lui avait appris par jeu — suffisant pour convaincre l'officier de le laisser rester à bord. Le chien clandestin devient officiellement la mascotte du régiment.
Dix-huit mois d'enfer, dix-sept batailles
Ce qui suit dépasse largement le rôle habituel d'une mascotte. Stubby passe dix-huit mois sur le front occidental et participe à dix-sept batailles. Il apprend à repérer l'odeur des gaz de combat avant les hommes eux-mêmes et donne l'alerte, sauvant potentiellement son régiment d'attaques surprises au gaz moutarde. Il retrouve des blessés sur le no man's land et reste à leurs côtés en attendant les secours. Il est même blessé par un éclat de grenade lors d'un raid.
L'épisode le plus célèbre reste sa capture d'un espion allemand : selon le récit de l'époque, Stubby aurait immobilisé l'homme en le mordant au fond du pantalon, le maintenant sur place jusqu'à l'arrivée des soldats américains. Cet exploit lui aurait valu, à son retour aux États-Unis, une promotion honorifique au grade de sergent — du jamais-vu pour un chien dans l'armée américaine.

Stubby a eu son baptême de feu le 5 février 1918 au chemin des dames 
Une fois de retour aux États-Unis, Stubby devient une célébrité.
Une question qui agite les historiens depuis un siècle
Voici où les choses se compliquent, et où il convient d'être honnête avec vous : la race exacte de Stubby n'a jamais été établie avec certitude. Les articles de presse de son époque le décrivaient tantôt comme un « Boston Bull Terrier » — l'ancien nom donné au Boston Terrier, race alors en pleine formation — tantôt simplement comme un chien de type terrier robuste, au poil tigré et au corps trapu.
Aucun document d'origine ne permet d'affirmer qu'il s'agissait d'un Staffordshire Bull Terrier. La dépouille naturalisée de Stubby, aujourd'hui conservée à la Smithsonian Institution, n'a pas fait l'objet d'une identification génétique de race qui trancherait la question. Comme le résume une historienne qui lui a consacré un livre, Stubby fonctionne presque comme un test de Rorschach : chacun y projette la race qu'il connaît et qu'il aime — certains y voient un Boston Terrier, d'autres un Boxer, d'autres encore un Pit Bull ou un Bull Terrier au sens large.
Pourquoi son histoire nous parle quand même
Alors pourquoi consacrer un article à Stubby sur un blog dédié au Staffordshire Bull Terrier ? Parce que même sans certitude absolue sur son pedigree, Stubby appartient très probablement à la grande famille des « bull and terrier » — ce même groupe de chiens costauds, courts sur pattes et increvables dont est issu le Stafford, et dont on retrouve la trace dans d'autres articles de ce blog (le rat-baiting du XIXe siècle, les terriers ratiers des tranchées françaises).
Son histoire illustre surtout un trait de caractère qu'on reconnaît bien chez nos chiens : cette capacité à s'investir corps et âme dans une mission, sans qu'on le lui ait jamais formellement demandé. Stubby n'a pas été dressé pour la guerre. Il l'a simplement décidé.
Une fin de vie de star
Rentré aux États-Unis en 1919, Stubby devient une célébrité nationale. Il défile dans les parades, rencontre plusieurs présidents américains, et devient même la mascotte officieuse de l'université de Georgetown, où il anime la mi-temps des matchs de football américain. Il meurt en 1926 dans les bras de Robert Conroy, après une vie qui aura marqué durablement l'histoire des chiens de guerre.

Pour aller plus loin : un film à découvrir
Si son histoire vous a touché, sachez qu'elle a été portée à l'écran en 2018 dans « Sgt. Stubby: An American Hero », un film d'animation en images de synthèse réalisé par Richard Lanni, avec les voix (en version originale) de Logan Lerman, Helena Bonham Carter et Gérard Depardieu. Un joli clin d'œil : même dans cette production, la race exacte de Stubby reste présentée de façon floue selon les sources — preuve, encore une fois, que le mystère n'a jamais été résolu.
Sources : Encyclopædia Britannica, Smithsonian Institution, et les travaux de l'historienne Ann Bausum sur Sergeant Stubby.
AOE
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